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Je traverse le désert séparant deux villes distantes. Mais pour traverser un désert, on doit d’abord s’y perdre. Une fois de plus j’oublie tout. Le son des grelots, le chant de la foule, la chaleur des parquets. Mes narines se sont vidées des parfums pour s’obstruer de sable. Je respire par la bouche la chaleur aride et le rêche froid du soir.

J’ai emmené dans mon désert tout ce qui peut y survivre. Chaman aguerri des grand vides, je connais les vieilles recettes . Des talismans de pierre et de petits animaux séchés. Je n’ai plus besoin des runes ou des lourdes tables anciennes. J’ai la caresse du rubis, la pelisse du renard, les dents du piranha. Impossible d’oublier l’essentiel. Je joue dans mes poches avec ces objets une symphonie complète. Jamais je n’aurais pu l’entamer parmi les klaxons pollués. Mon cœur se balance à une corde pour s’amuser. Je danse dans le désert entre les astres et le sable. Je suis de leur famille désormais.

Mais je ne suis pas d’ici. Je finis toujours par divaguer, ils le savent, ils ne me retiennent pas. Je regarde à l’horizon, pensant à des plages, des forêts, des plaines grasses peuplées de gens joyeux. Je pense à la ville, à la prochaine, une histoire à vivre.

Quand je serrai gavé des rêves et de l’amour de cet univers sous les étoiles, mon désert, je le quitterai le cœur rempli de joie, comme j’ai quitté la ville pour éviter qu’il ne s’y noie. Ainsi, j’irai dans la prochaine agglutination de lâches, suivre une des très maigres lignes de mystère noble qui s’y trace, jusqu’à ce qu’elle arriver à son terme. Alors je me chasserai moi-même, je me bannirai, trahirai la cause que je prétendais défendre, cette cause qui a enflée – qu’elle se nomme amour ou amitié elle cache toujours l’odieux travail. Comment lui dire